Archives de Tag: science politique

Clap de fin : une discipline discrète

Science politique en ligne a commencé en octobre 2007. Je m’étais donné un an pour en éprouver le concept initial : suivre l’actualité de la science politique française par les publications en ligne. L’expérience va s’arrêter prématurément parce que ma première intuition était correcte. S’informer sur la science politique française en se limitant à ce qui est accessible à tous en ligne est une cause perdue d’avance ; pour le meilleur ou pour le pire, les revues et les colloques scientifiques restent le seul support de diffusion de l’actualité de la discipline.

À l’heure actuelle, la plus-value apportée par les archives institutionnelles est très faible : le dépôt n’y est pas spontané, et l’on y trouve que quelques chercheurs publiant leurs dernières contributions. Les dépôts spontanés (par pages personnelles) et les séries de working papers représentent un volume de publications extrêmement faible.

Le recensement des apparitions de la science politique dans les médias montre l’apport déterminant d’une émission de radio diffusée sur France Culture. Hormis cette émission, on peut considérer comme quasi-nul le nombre d’interactions entre la discipline et la sphère publique, ce qui ne doit pas aider dans les discussions institutionnelles sur le maintien des postes en science politique ou la préservation des sciences sociales en général dans le système de recherche.

Signe des temps, la blogosphère, qui absorbe, traite et commente une grande partie de l’information disponible en ligne, y compris l’information scientifique, n’a pas grand chose à dire de la science politique française. Ce qui n’empêche que certains aient montré un intérêt pour la discipline, ou que celle-ci n’ait fourni quelques blogueurs de très grand talent, trop peu nombreux (tous mes encouragements à ceux qui ont déjà mis la main au clavier). La blogosphère universitaire reste structurellement faible en France, et la science politique n’apparaît en tête de peloton.

Le volet “dissémination” de la science politique repose, en France, sur un nombre restreint d’organisations : le CNRS, qui finance une part substantielle de la recherche dans la discipline ; les universités et Instituts d’Études Politiques qui hébergent cette recherche ; la Fondation Nationale des Sciences Politiques, dont l’identité se fond avec Sciences Po et qui finançait autrefois des postes, le recrutement étant gelé pour l’instant ; et les associations professionnelles de la science politique, parmi lesquelles l’Association Française de Science Politique assume le rôle de “société savante” – au sens faible du terme, étant donné qu’elle ne partage l’autorité nécessaire à l’accréditation professionnelles comme c’est le cas dans d’autres groupements professionnels répondant au titre de “société savante”.

Le travail de communication de chaque organisme semble s’effectuer par isolats, de manière atomisée, et l’initiative la plus fédératrice, HAL-SHS, ne renvoie pas l’image d’une discipline très dynamique. De plus, les chercheurs ne sont soumis qu’à des incentives très faibles (issus principalement de leur éthique individuelle) en ce qui concerne la dissémination, qui n’est pas valorisée (sic) dans les avancements de carrière. En définitive, le contact avec l’actualité de la discipline ne s’effectue réellement que dans une seule instance, le congrès de l’AFSP, dont la prochaine édition se tiendra à Grenoble.

Ma dernière impression est donc celle d’une discipline discrète, ce qui ne dit rien de son dynamisme interne, et moins encore de la qualité des travaux : il y a des recherches plus pertinentes, intéressantes ou rigoureuses que d’autres, mais ce n’était pas l’objet de ce blog que d’en faire l’analyse. Je me suis limité à une appréciation de la visibilité de la discipline en ligne, en partant d’une idée américaine.

Une semaine avant de fermer ce blog, je me suis engagé dans une des “centrales électriques” de la science politique française – là où le courant des idées passe et où la discipline trouve son énergie. Bonne continuation à tous !

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Le recrutement en science politique

Joël Gombin, président de l’ANCMSP (Association nationale des candidats aux métiers de la science politique), signe un texte intéressant dans Le Mensuel de l’Université au sujet du recrutement académique en science(s) politique(s) (le pluriel est imposé par le titre officiel de la discipline) :

Depuis plus de dix ans, l’association nationale des candidats aux métiers de la science politique (ANCMSP) effectue un suivi et une publicisation des recrutements académiques opérés en science politique. Bien que limitée, cette action a permis une certaine moralisation de ces recrutements.

Outre ce suivi, l’ANCMSP participe aussi au bon fonctionnement des recrutements en apportant un petit soutien logistique aux candidats à travers sa mailing-list, qui permet d’ajuster son agenda de déplacement, voire d’échanger les dates si nécessaire. Baptiste Coulmont a monté un wiki servant les mêmes fins pour la sociologie.

Dans les archives de la mailing-list de l’ANCMSP, on trouve également plusieurs débats lancés par des correspondants, identifiés ou anonymes, autour du recrutement, ainsi que des conseils sur l’accès à l’emploi dans la discipline en général. Pour terminer, il y a aussi leur bulletin, Système D.

(Disclaimer : je ne possède aucune action chez Joël Gombin, mais je sais que certaines disciplines nous envient cette association et sa mailing-list.)

“Science” et “politique” : l’explication latourienne

(Merci à Antoine, qui m’a aiguillé sur cette recension.)

Bruno Latour tente un rapprochement entre science politique et science studies dans un texte récent disponible sur son site Internet. Extrait de la dernière page : 

J’ai tenté dans cette note de proposer une calibration des termes pour définirun phénomène, tel que nous l’observons depuis notre laboratoire, celui des « science studies ». Je suis convaincu qu’il est commun à celui des sciences politiques, même si l’usage différent que nous faisons des termes de « science » et de « politique » ne facilite pas toujours la superposition des cas. [24 pages]   

Dans le domaine des science studies, Sheila Jasanoff a également tenté de montrer comment le rapprochement avec la science politique pourrait s’opérer de manière efficace (cross-fertilization ; l’ouvrage à consulter en priorité est States of Knowledge). Il s’agit toutefois d’une initiative isolée. Je me souviens lui avoir posé la question : “Avec qui travaillez-vous à la Kennedy School ?” La réponse avait été éloquente.

L’article de Latour a été soumis à la RFSP en même temps qu’un autre manuscrit, co-rédigé avec Émilie Hache. Par ailleurs, Bruno Latour est le nouveau directeur scientifique de Sciences Po.