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Quartiers sensibles

S. Tissot, “‘French Suburbs’ : A New Problem or a New Approach to Social Exclusion?”, Center for European Studies, Working Paper 160 :

At the end of 1980s, the question of « quartiers sensibles » (at-risk neighborhoods) started
to be very publicized in France. It was not only the subject of many front-page articles, but also
the target of a new public policy aimed at promoting urban and social development in about 500 neighborhoods (Politique de la ville). I argue that such a focus on « quartiers sensibles » does not only result from increasing problems such as unemployment, poverty or juvenile delinquency ; it also represents a major change in public policy. Focusing on « quartiers sensibles » directly contributed to the restructuring of the French welfare state by centering its action on specific urban spaces rather than national territory, and on social links rather than economic reality, contrary to what the welfate state claimed to do during the Fordist period. The outbreak of riots in November 2005 is inextricably bound up with the way some problems (like lack of communication and weakening social links) have been associated with the question of « quartiers sensibles » whereas the French model of integration, based on equality among abstract citizens, left some others (like ethnic discrimination) unquestioned. [halshs-00285025]

Pour info, le dépôt HAL-SHS contient une erreur, la première que je vois : l’abstract n’est pas le bon. Mais le document est bien disponible, très intéressant – et ce sujet est facilement percevable comme une question de recherche prioritaire. D’autres références sur la page CSU de l’auteur.

Police et discriminations

F. Jobard :

Examen des dispositions Sarkozy à la lumière d’une enquête quali + quanti en grande banlieue parisienne. [halshs-00005079]

Lecteurs fidèles, vous vous souvenez de mon appel pour l’étude des révoltes dans les banlieues françaises. Je viens de découvrir, en suivant quelques liens à partir d’une interview de Laurent Muchielli, un projet comparatif France/Angleterre soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Les publications sur la France seront probablement l’objet de recensions dans les jours à venir.

Les sujets les plus couverts sur ce blog deviennent donc le droit de vote des étrangers, les émeutes en banlieue, et l’identité européenne. Ma réflexivité de comptoir me fait dire que ces recensions sont marquées du même filigrane : l’idée que la citoyenneté française n’a pas survécu à la globalisation et qu’il faut se débarrasser de cette situation de médiocrité nationale qui nous empêche de comprendre aussi bien l’Europe que nos banlieues. Mon Régis Debray intérieur peut à présent aller se rendormir.

Étienne Balibar sur la révolte des banlieues

Certaines revues de l’éditeur Blackwell sont exceptionnellement disponibles en ligne, gratuitement. C’est l’occasion de lire Étienne Balibar s’exprimer “à titre de citoyen français” dans la revue Constellations :

If I address here the events of November 2005 in French urban periphery, it is not as an ‘expert’ on urban violence or the sociology of the French banlieue, but because, as a French citizen, I feel obliged to clarify as much as possible what I think about events that have an immediate impact on our present and our political future. The ‘commuting’ academic I have become believes in the importance of comparison and dialogue as instruments for understanding the world we live in. This does not replace fieldwork. But I will attempt, on the basis of the information available to me, to engage in a distantiation that is no less necessary, first of all in relation to words and concepts each of us use ‘at home.’ To remain open to correction and discussion, the reflections I offer here take the form of a series of ‘files’ attached to seven symptomatic words or expressions: names, violence, postcolony, religion, race and class, citizenship/the Republic, and politics/antipolitics. They constitute a progression, but not properly speaking an argument. I have no thesis to defend. I am looking for hypotheses, or the best way of formulating them. [26 pages]   

La recension de cet article appelle un commentaire. Les révoltes de novembre 2005 dans les banlieues françaises n’ont pas généré une avalanche de publications en science politique. Il y a certes eu un colloque international organisé à Grenoble sur ce thème (programme), avec peut-être quelques publications en prévision. En revanche, les chercheurs en sciences sociales s’intéressant aux populations des banlieues dans une perspective ethnographique (enquête de terrain de longue durée incluant des contacts directs et prolongés avec les enquêtés).

À mon avis, il faut souhaiter que l’étude politique de ces publics se développe autant que possible. Les visions concurrentes de la “racaille” demandent à être renversées. Ce n’est pas nécessairement une manoeuvre politique, c’est plutôt un pré-requis de démolition des opinions pré-conçues et des constructions officielles (gouvernementales, parlementaires, policières, médiatiques) de la banlieue. Libération avait par exemple titré “Banlieues à vif” en page de “une” avec comme illustration une femme voilée, comme si le “vif” des banlieues pouvait se résumer à un épiphénomène (le port du voile islamique et la controverse de 2004).

En bref, les banlieues méritent un traitement scientifique désintéressé, neutre et sceptique. Le texte d’Étienne Balibar ne va pas nécessairement dans cette direction – je n’en ai lu que le résumé, et c’est ce que l’auteur annonce. Le milieu de la science politique pourrait montrer sa réactivité et l’actualité des connaissances qu’il accumule en commentant plus avant un phénomène qui a subi de plein fouet le silence des pouvoirs publics, preuve que la non-décision est une décision à part entière, comme l’avaient théorisé Bachrach et Baratz.