Quatre politistes au secours du CNRS

L’actualité de la profession étant chargée en ce moment, une nouvelle tribune de politistes au sujet cette fois-ci du CNRS et de l’erreur que représenterait son démantèlement, tel qu’il s’esquisse dans le discours politique courant :

Recherche : les oeillères du réformisme

L’affaire semble entendue : « Haro sur le CNRS ! », crient en choeur les réformateurs de l’enseignement supérieur et de la recherche. Et les sciences humaines et sociales (SHS) de servir de bouc émissaire. Conseiller à l’Elysée, l’éminent économiste Bernard Belloc mentionne des « données officielles » selon lesquelles « 30 % des chercheurs des SHS ne publient jamais rien dans leur vie. Même pas dans La Dépêche du Midi » (Les Echos, 28 janvier).

Sans appel, ce jugement est simplement diffamatoire pour les innombrables chercheurs qui travaillent bien plus de quarante heures par semaine, souvent le week-end, publient dans des revues à comité de lecture, s’associent à titre d’experts aux travaux d’organismes publics et privés, organisent des colloques, enseignent dans les universités et initient des entreprises de recherche collectives. Il y a plus grave : au-delà du cynisme, ce jugement traduit un mauvais diagnostic et prélude à une erreur historique.

La tribune est signée par Daniel Benamouzig, Philippe Bezes, Pierre Lascoumes, et Patrick Le Lidec. Les liens ne sont pas d’origine.

Je joins ce commentaire personnel, suffisamment inoffensif pour pouvoir figurer en fin de recension.

Malheureusement, cette tribune ne reflète pas la profession de politiste, ni même de chercheur en sciences humaines et sociales. Les propos des auteurs n’y sont pour rien, j’ai l’impression au contraire qu’ils ont réussi à formuler très clairement ce que la plupart de mes interlocuteurs m’ont rapporté.

Mais structurellement, il y a un biais : où sont les doctorants ? Pourquoi cette tribune ne peut-elle pas accueillir la signature d’un doctorant en science politique ? Les auteurs évoquent la division interne du travail minée par le mandarinat et les faibles perspectives de carrière pour les jeunes maîtres de conférences, mais avant d’être MdC, les jeunes de la profession, ce sont les doctorants, qui sont censés avoir acquis un statut professionnel depuis une récente réforme.

Les sciences humaines et sociales font trop peu de cas de leurs plus récentes recrues, et l’on retrouve probablement ce biais dans dans secteurs d’activité professionnelle. Cette tribune le montre indirectement ; en toutes circonstances, il faudra que cela change dans un futur proche si les sciences humaines et sociales au CNRS veulent maintenir leur attractivité auprès des étudiants au niveau des choix de Master, attractivité qui déjà s’amenuise parmi les dernières générations de diplômés.

Ce n’est évidemment pas la seule tribune que je lis à reproduire ce biais : Le Monde avait publié plusieurs textes au moment des mouvements de protestation à l’EHESS, et à ma connaissance, aucun n’était signé par le moindre doctorant, malgré la présence d’auteurs multiples.

C’est cette critique, constructive je l’espère, que je peux proposer en tant que doctorant. J’en ai lu d’autres mais toutes s’accordent pour suivre la ligne générale du texte : il faut sauver le CNRS. (À la relecture le style de ce commentaire me semble maladroit mais je crois que le contenu, principal, y est. N’hésitez pas à demander quelques éclaircissements en commentaires, ou à commenter directement !)

3 réponses à “Quatre politistes au secours du CNRS

  1. Je partage l’observation et le regret. Il ne faut pas y voir un travers propre aux auteurs : « culturellement », nos titulaires – fussent-ils animés des meilleurs intentions du monde – pensent la recherche sans les doctorants. Le décalage est flagrant avec ce qui peut se passer dans certains pays : je me rappelle avoir provoqué la stupeur, voire l’indignation, lorsque j’avais suggéré aux Assises de la science politique que des doctorants participent (fût-ce comme simple observateur) aux processus de recrutement des chercheurs ou enseignants-chercheurs. Or, c’est la réalité dans les pays anglo-saxons ou à l’IUE de Florence…

  2. À terme, je pense qu’il sera impossible pour la discipline de ne pas mieux représenter ses doctorants. Il devrait y avoir un phénomène de type suffragette : la représentation contre l’effort de guerre… ou alors un effet de frustration relative.

    Avec comme mot-clé doctorant on trouve aussi ce billet intéressant sur la loi LRU, vainqueurs et vaincus.

    Et merci pour ce commentaire !

  3. Pingback: Les politiques publiques sont sur France Culture « Science politique en ligne

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