Étienne Balibar sur la révolte des banlieues

Certaines revues de l’éditeur Blackwell sont exceptionnellement disponibles en ligne, gratuitement. C’est l’occasion de lire Étienne Balibar s’exprimer “à titre de citoyen français” dans la revue Constellations :

If I address here the events of November 2005 in French urban periphery, it is not as an ‘expert’ on urban violence or the sociology of the French banlieue, but because, as a French citizen, I feel obliged to clarify as much as possible what I think about events that have an immediate impact on our present and our political future. The ‘commuting’ academic I have become believes in the importance of comparison and dialogue as instruments for understanding the world we live in. This does not replace fieldwork. But I will attempt, on the basis of the information available to me, to engage in a distantiation that is no less necessary, first of all in relation to words and concepts each of us use ‘at home.’ To remain open to correction and discussion, the reflections I offer here take the form of a series of ‘files’ attached to seven symptomatic words or expressions: names, violence, postcolony, religion, race and class, citizenship/the Republic, and politics/antipolitics. They constitute a progression, but not properly speaking an argument. I have no thesis to defend. I am looking for hypotheses, or the best way of formulating them. [26 pages]   

La recension de cet article appelle un commentaire. Les révoltes de novembre 2005 dans les banlieues françaises n’ont pas généré une avalanche de publications en science politique. Il y a certes eu un colloque international organisé à Grenoble sur ce thème (programme), avec peut-être quelques publications en prévision. En revanche, les chercheurs en sciences sociales s’intéressant aux populations des banlieues dans une perspective ethnographique (enquête de terrain de longue durée incluant des contacts directs et prolongés avec les enquêtés).

À mon avis, il faut souhaiter que l’étude politique de ces publics se développe autant que possible. Les visions concurrentes de la “racaille” demandent à être renversées. Ce n’est pas nécessairement une manoeuvre politique, c’est plutôt un pré-requis de démolition des opinions pré-conçues et des constructions officielles (gouvernementales, parlementaires, policières, médiatiques) de la banlieue. Libération avait par exemple titré “Banlieues à vif” en page de “une” avec comme illustration une femme voilée, comme si le “vif” des banlieues pouvait se résumer à un épiphénomène (le port du voile islamique et la controverse de 2004).

En bref, les banlieues méritent un traitement scientifique désintéressé, neutre et sceptique. Le texte d’Étienne Balibar ne va pas nécessairement dans cette direction – je n’en ai lu que le résumé, et c’est ce que l’auteur annonce. Le milieu de la science politique pourrait montrer sa réactivité et l’actualité des connaissances qu’il accumule en commentant plus avant un phénomène qui a subi de plein fouet le silence des pouvoirs publics, preuve que la non-décision est une décision à part entière, comme l’avaient théorisé Bachrach et Baratz.

Une réponse à “Étienne Balibar sur la révolte des banlieues

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